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KERY JAMES – LE CHEF DE FILE DU RAP CONSCIENT

À l’heure du streaming, du MP3 et des records de vue sur YouTube, cela mérite d’être souligné : depuis ses débuts, Kery James réalise des albums. Pas de collections de titres disparates mais des œuvres construites, portées à chaque fois par un enjeu fort et reflétant l’état d’esprit de leur auteur au moment de leur conception.

À l’ombre du show-business faisait passer son message à une autre échelle : collaborer avec Charles Aznavour et créer l’hymne conscient « Banlieusards ».
Réel, en 2009, marquait son retour à un rap nerveux, épidermique, qui poussait la maîtrise technique à son paroxysme. Aujourd’hui, après une tournée acoustique triomphale en 2012 (dont trois semaines consécutives aux Bouffes du Nord) pour célébrer ses vingt ans de carrière, Kery James entame un nouveau cycle. Il revient avec un album dont le titre est déjà tout un message. Il s’intitule Dernier Mc.

« 1 pour l’éducation car sans elle pas d’élévation / Encore moins de révolution / Qui prétend faire du rap sans prendre position ? »

« Qui prétend faire du rap sans prendre position ? » Cette devise fondatrice du rap français, Kery la reprend à son compte dès le premier single. Du même nom que l’album, « Dernier Mc » est un impressionnant retour aux affaires qui mêle revendication et prouesse verbale. En conclusion, Kery y délivre sept préceptes, invitant les rappeurs à toujours plus d’exigence. Ces conseils font sûrement tâche à l’époque du buzz à tout prix (« ne suis jamais la mode », « fais primer la qualité sur la quantité » ou encore « respecte tes propres codes »). Mais ils semblent dicter depuis le début l’attitude d’un artiste pour qui le rap sera toujours plus un pourvoyeur de sens qu’un simple moyen de distraction. Dans ce contexte, l’album Dernier Mc sonne comme un manifeste, une envie claire pour Kery James de remettre le sens au cœur du rap et de rappeler qu’une rime riche ne remplacera jamais un raisonnement construit.

« Commerce de blasphème et de la provocation / Mais quand tout le monde attaque les mêmes : où est donc la subversion ? »
Voyant clair derrière les devises électorales, les slogans et les belles paroles des jours de fête, Kery traque sans relâche les contradictions de ses contemporains. Et dénonce le premier président Noir qui ment comme le premier rappeur venu (l’egotrip coup de poing « 9Trap Music »), les cinq sens du citoyen pris en otage par la désinformation (« Vent d’état »), le cynisme d’une époque où même « la générosité se calcule chez le fiscaliste » (« La vie de rêve »). Au fil des morceaux, Kery évoque l’affaissement du modèle européen (« Te fais pas d’illusion va falloir passer à la caisse / Tu vas t’endormir en France et te réveiller en Grèce ») ou ce colonialisme qui a la peau dure. Mais il a toujours un mot pour regretter la passivité entretenue des classes populaires, dont il est lui-même issu. Celles qui sont bercées de fausses promesses, croient aux modèles qu’on leur offre et vivent au rythme des crédits et hypothèques (« Tenus en laisse par des banques, on a que des mots pour leur faire outrage »). Cette démarche d’autocritique culmine avec « Constat amer », une radiographie des minorités visibles dont les paroles font aussi mal qu’elles visent juste par leur remise en question acerbe (« Et tes frères disparus que tu continues à pleurer / C’est pas des flics qui les ont butés »). Fustigeant ceux qui ont réussi et entendent « fuir le passé en Lexus », Kery appelle les siens à plus d’honnêteté, à plus de solidarité et là encore, plus d’exigence.

Source : Dossier presse Kery James