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BLACK M

Après trois ans de succès ininterrompu, des Zéniths bourrés à craquer et des disques multi platinés en pagaille, la Sexion D’Assaut peut se vanter d’avoir changé le paysage rapologique français. Et pourtant, ses MCs n’ont pas l’intention de lâcher le micro. Après Maître Gims, c’est au tour de Black M d’entrer dans l’arène. Pas en terrain conquis, mais comme un rappeur qui a la rage de triompher et encore tout à prouver. « Quand je suis rentré dans la Sexion, j’étais déjà un artiste solo. Je ne faisais pas du rap mais du dancehall. J’écoutais les Jamaïcains Capleton, Sizzla, Vibz Cartel et en France les Nèg’ Marrons dont je suis fan. On s’était dit dès le début qu’à un moment donné de notre carrière, on ferait nos albums respectifs. Gims a été le premier et on avait décidé qu’après lui, ça serait moi » explique Alpha Diallo, alias Black Mesrimes, ou plutôt tout simplement Black M.

Personnage crucial de la Sexion, ambianceur un peu fou, Black M livre avec Les Yeux Plus Gros Que Le Monde un disque éclectique, en équilibre entre hits populaires pour grand public et titres techniques pour connaisseurs. Amateur de « gros beats avec des basses qui cognent », Black M a choisi ses producteurs avec soin : Stan-E et Renaud Rebillaud, des habitués de la Sexion, et Skalp. « La plupart des mélodies sortent de ma tête. J’ai la méthode de Gims, j’enregistre des mémos vocaux sur mon téléphone, je les donne au compositeur qui choisit l’instrument, je lui dis oui ou non, il rebondit, il rajoute une caisse claire, le morceau se crée. Sauf avec Skalp, qui crée la mélodie. Et moi, je ramène le refrain derrière ». Une méthode de travail qui a donné naissance à ce feu d’artifices de 19 titres. Dès l’intro qui pose le décor et « Ailleurs », premier titre clippé de l’album, on entre dans le monde de Black M, un rappeur qui ne propose pas de punchlines mais plutôt ses propres « Blacklines ». « Ce sont mes punchs à moi. J’ai ma manière de taper avec mes propres lines. C’est mon phrasé, ma manière de m’exprimer, de dire ce qui se passe, de commenter ».

Après le constat d’époque « Spectateur » (clippé par Leila Sy) qui place Black M dans un rôle d’observateur désabusé, on entre en territoire single avec l’énorme « Mme Pavoshko », tube potentiel dédicacé à une conseillère d’orientation qui ne cessait de répéter au futur rappeur que la musique ne le mènerait nulle part. Black M retourne donc à l’école dans le clip de ce titre transgénérationnel. « Grosse dédicace à mes conseillères d’orientation qui m’ont proposé pas mal de bêtises que je ne me voyais pas du tout faire. Je suis très fier de ce morceau, je sens qu’il va parler aux gens : à part les fayots en cours, tout le monde a connu une conseillère d’orientation dans ce style ».

« Jessica », l’histoire d’une groupie dingue qui le suit partout, a été inspiré à Black M par « Stan » d’Eminem, le fameux film Misery et sa propre folie. « Je Ne Dirai Rien » évoque certains fans féminins qui se rapprochent des groupes quand arrive la célébrité. « On voit jusqu’où ça peut parfois aller. J’ai voulu dire ce que je pensais, « T’aimes te faire belle, t’aimes briller la night, t’aimes qu’on te remarque ». J’ai invité les Shin Sekai pour amener un côté mélodieux et Doomams parce qu’il a pas mal de choses à dire sur le sujet. À un moment donné, on rappait sans être connus et les meufs ne nous regardaient pas forcément. Dès qu’on a explosé, ça a été tout autre chose. Mon visage n’a pas changé à part avec l’âge, mais avant la célébrité je n’étais pas beau gosse. C’est la télé qui rend beau ».

La force de cet album réside dans sa richesse mélodique et thématique : Black M réussit aussi bien un texte émouvant sur les différences et la discrimination comme « Le Regard Des Gens » à la rythmique reggae qu’un twerk électronique et tribal comme « Casse Pas Ton Dos ». Pas de vulgarité ni de concessions à la tendance, juste un léger agacement face à ces puristes qui défendent les rappeurs à condition qu’ils ne rencontrent jamais le succès. « C’est étonnant la vitesse à laquelle un puriste peut retourner sa veste. Au début il est avec nous. Nous on ne change pas, depuis le début on chante, il y a des mélodies. Mais dès qu’on passe le cap du public spé, le puriste n’est pas content. Il nous soutient, il veut qu’on perce mais dès que ça arrive, il n’est plus d’accord ? Je ne comprends pas cette mentalité, c’est ça mon problème avec les puristes ».

Black M est fin connaisseur de rap français, lui qui cite Nakk dans ses textes et reprend le slogan de Ministère Ämer « Le savoir est une arme ». « Ceux qui disent que le rap, c’était mieux avant, ça n’est pas musicalement parce que c’est faux : c’est plus agréable à entendre aujourd’hui. C’est juste de la nostalgie. D’ailleurs même moi ça m’arrive de le dire ! » explique M en riant. Ce grand écart entre ancien et moderne, nostalgie et avant-gardisme, conscient et dansant, c’est tout lui.

« Je réfléchissais à un titre accrocheur pour l’album et j’étais parti sur L’Eternel Insatisfait. Ça faisait trop mec qui pleurniche. Je me suis observé, je suis le personnage de Sexion qui ouvre grand ses yeux quand il rappe et qui agit avec exubérance, donc je suis parti sur l’expression « Les yeux plus gros que le ventre », suggérée par Dawala. Mais j’ai dit non, « Plus gros que le monde », c’est encore plus énorme. Je me suis mis l’image en tête et j’ai vu la pochette, inspirée de Michael Jackson. Pour moi c’est un très beau clin d’œil. Je suis complètement fan, je kiffe sa pochette de Dangerous et mon concept va avec le sien. C’est centré sur mon regard, ça tombe super bien ». Black M a un appétit féroce et une grosse envie de kicker, de balancer ses rimes, de partager avec le public ses nouveaux sons, ses nouvelles envies de rappeur solo. La gourmandise d’un enfant, le talent d’un artiste complet. Black M tel qu’en lui-même.